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Luc Legay (lucru3.org)  - 3 fév. 2003 | Dernière mise à jour : 21 juin 2004

Attention ! Vous pouvez consulter la version wiki réactualisée de cette page et participer à l'élaboration du projet. Visitez le site web du projet pour une présentation simplifiée : ru3.org/projet

Mots clés : intelligence collective, intelligence connective, réseaux d'utilisateurs, réseaux ouverts, web sémantique, interfaces floues, collecticiel, connecticiel, groupware, contribution, interaction, information, théorie, logiciel collaboratif, design, conception, pragmatique.

 

Le texte fondateur présenté ici a été le point de départ du projet initié en février 2003. Aujourd’hui, seize mois plus tard, la version non fermée de cette page, c'est-à-dire éditable et modifiable de façon collective par tout utilisateur à travers son navigateur web, en est à sa 170e version. Cette version ouverte, placée sur CraoWiki/ProjetRu3, est devenue le nœud d’entrée et de sortie de centaines de pages qui constituent le véritable réseau d’idées du projet. Le texte fondateur ci-dessous, bien que réactualisé, ne donnera donc qu'un aperçu partiel de l'univers du réseau d'utilisateurs du projet.

 

 "Personne ne sait tout... Tout le monde sait quelque chose..." Pierre Lévy

 

 

 

Relier les connaissances

Les réseaux ouverts de l’intelligence collective

 

L’objet de recherche du projet RU3 est de relier les connaissances des utilisateurs à travers les réseaux ouverts et de s'intéresser aux processus émergents d'intelligence collective dans les réseaux d'utilisateurs.

Grâce aux systèmes de communication modernes, les échanges d'information entre personnes paraissent grandement facilités. Pourtant on constate que ces échanges deviennent de plus en plus difficiles à gérer, au fur et à mesure qu'augmentent le nombre de messages échangés et le nombre de personnes en relation.


On réalise alors qu'il ne suffit pas d'avoir potentiellement accès à de grandes quantités d'information, ou à un grand nombre de personnes, pour avoir accès à plus connaissance. La gestion de la surcharge d'information, ou de la surinformation, devient alors un enjeu essentiel pour la survie de notre société et de ses organisations comme pour celle des individus. Au-delà d'un certain seuil, l'utilisation et l'échange d'informations nécessite donc de nouveaux moyens. Par exemple des interfaces capables d'organiser, de structurer et de hiérarchiser en informations élémentaires les flux ou les volumes trop importants.

Communication descendante des médias de masse

En voulant communiquer vers le plus grand nombre, la société de l’information s’est efforcée de produire des messages simplifiés, normalisés et destinés à satisfaire une masse d’individus, mais aucun individu en particulier.

L’information de masse est livrée le plus souvent sous une forme « à prendre » ou « à laisser ». C’est la seule alternative laissée au destinataire.

La communication de masse, ou communication descendante, est l’application médiatique du système de communication établi par Claude Shannon dans la théorie mathématique de l’information. On doit à Warren Weaver le schéma fondamental des systèmes de communication, représenté ci-dessous. L'information, telle qu'elle est décrite dans le cadre de la théorie, ne concerne pas la sémantique des messages transportés. L'information y est décrite en tant que fonction croissante de la réduction d’incertitude qu’elle apporte, ce qui en fait une théorie essentiellement statistique.

Du flux d’information aux flux d’intelligence

Pour mettre en place des réseaux capables de supporter des flux d’informations intelligentes, il est nécessaire de redéfinir la théorie de l’information.

La théorie, qui ne concerne en réalité que les signaux, ne tient pas compte du sens des informations transportées. C’est pourquoi nous proposons de concevoir une théorie moins restrictive et plus ambitieuse, une théorie générale des flux d’intelligence.

En intégrant la science des signes, la sémiologie, dans la nouvelle théorie, on constate qu’une notion fondamentale, la rétroaction, était absente dans la précédente théorie.

Roland Barthes défini la sémiologie comme «une science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale »

La triade sémiotique est un schéma de l’interprétation des signes proposé par le logicien Américain Charles S. Peirce (1839-1914). Il permet de comprendre la place de l’interprétant, par rapport à l’objet, et au signe qui le représente. 

La nécessité de développer de nouveaux langages, notamment pour des applications en robotique, a permis d’améliorer notre compréhension des mécanismes qui entrent en jeu. Le cycle sémiotique démontre que toute représentation ne peut exister sans le partage d’un espace commun entre émetteur et interprétant. (D’après l’aimable contribution de Luc Steels, VUB AI Lab, Bruxelles et Sony Computer Science Lab, Paris)

La communication bidirectionnelle des réseaux ouverts

L’accès à l’intelligence collective est fondé sur l’implication de l’utilisateur d’information. Celui-ci accède à un ensemble d’informations structurées selon ses propres critères. L’initiative revient à l’utilisateur, ou à son agent, c’est-à-dire au programme capable d’effectuer des recherches, des analyses et des choix à sa place. 

Dans ce schéma, la communication est d’abord ascendante, car les contenus d’information sont placés à disposition des utilisateurs ou des agents. L’information est publiée sous une forme ouverte et éditable. Ce qui signifie que tout utilisateur peut non seulement accéder librement aux contenus, mais qu’il a la possibilité d’intervenir directement sur ces contenus. La communication devient alors bidirectionnelle, car les interventions de l’utilisateur-éditeur, sont perçues immédiatement par les autres utilisateurs ou agents.

Jusqu'à maintenant, l'expérience a montré qu’il existe presque autant de logiques d’accès que de contenus publiés.

La finalité des réseaux ouverts intelligents est de permettre d'adapter cette diversité des contenus à la diversité des intérêts des utilisateurs.

Le cycle de production de l’intelligence collective

Le schéma général présenté ci-dessous inclus à la fois la production d’information et l’accès à l’information à travers des réseaux ouverts.

Depuis le sommet du cycle, on distingue :

  • Des contenus, considérés comme intelligibles, sont interprétés par l’utilisateur.
  • L’information est conceptualisée en connaissance par l’utilisateur.
  • Une partie des connaissances acquises sont exploitées et alimentent l’acte d’expression et de production des idées.
  • L’utilisateur entre en interaction avec les représentations partagées, par l’acte de modification des représentations existantes ou par la production de nouveaux contenus sur le média partagé.
  • Les idées nouvelles ou modifiées sont accessibles par leur représentation sur un média partagé.

Depuis le bas du cycle, on distingue :

  • La capture des représentations par un programme agent selon des critères définis par l’utilisateur.
  • Agrégation des contenus en métadonnées structurées.
  • Analyse des données.
  • Interprétation des données présentées à travers l’interface.

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Modèles d’interfaces adaptées à la phase d’intelligence des informations

Pour capter rapidement des contenus quotidiennement remis à jour, de nouvelles interfaces sont nécessaires. Les agrégateurs de contenus permettent de visualiser dans une fenêtre unique, un ensemble d'informations en provenance de différentes sources. L'agrégateur en lui-même ne contient aucun contenu. Les données actualisées sont simplement présentées dans une seule interface, utilisant une même logique de présentation, et non plus à travers autant d'interfaces que de sources d'information.

L’agrégateur de nouvelles NetNewsWireLite

Principe de fonctionnenemt d'un agrégateur d'informations :

 

 

Les agrégateurs actuels ne fonctionnent qu'à partir de contenus ayant adopté une structuration normalisée, comme par exemple la norme RSS. Notre projet propose de mettre en place des systèmes d'agrégation plus puissants qui fonctionnent sur des contenus non structurés, ou structurés sur selon différentes normes. Le principe est de générer une structuration qui ne modifient pas les contenus source. Ces systèmes peuvent être des interfaces de structuration comme celle proposée ci-dessous.

 

 

Interface de structuration de données (Projet ru3.org)

Le document initial est un fichier texte ou html, structuré ou non, et doté d'une adresse. L'interface est utilisable directement par un utilisateur, ou par un logiciel agent après une phase d'apprentissage. Chaque fenêtre de l'arbre de structuration correspond à un niveau hiérarchique. Les bibliothèques d'arbres, ou pépinières, permettent de choisir des structurations appropriées aux contenus à structurer.

Des contenus structurés selon les besoins des utilisateurs

La structuration des contenus voulu par les auteurs ne correspond pas nécessairement aux besoins des utilisateurs. Si l’on sait maintenant où sont localisées les sources d’information (le web, l’intranet…), on ne sait pas, a priori, qui sont, ou qui seront, les utilisateurs de ces informations :

  • Quelle langue parlent-t-ils ?
  • Sont-ils adultes ou enfants ?
  • Quelle est leur capacité de compréhension ?
  • Quelle est l’étendue de leur vocabulaire ?
  • Dans quel contexte vont-il accéder aux informations ?
  • Sont-ils dans un lieu public ou privé ?
  • Ont-ils du temps ou sont-ils pressés ?
  • L’outil d’accès à l’information est-il capable de reproduire correctement toute l’information ?
  • Cherchent-t-ils une information particulière ?

Dans ce contexte, une information n’est pas qualifiable à travers une terminologie établie, car cette terminologie peut varier d’un utilisateur à un autre.
L’information n’est pas non plus étiquetable de façon absolue et définitive, puisque cette étiquette peut changer selon le contexte, l’époque, la mode et l’environnement.

Cette caractéristique ouverte et non définitive du contexte de perception et d'utilisation de l'information est une des raisons pour laquelle le Web sémantique apparaît souvent discutable pour nombre de spécialistes. Et un programme destiné avant tout aux machines plutôt qu’aux utilisateurs. Sans remettre en cause les objectifs du Web sémantique, le principe fondateur du projet RU3 est de considérer que la plupart des informations, structurées ou non, se sont pas normalisables, ou du moins, qu'elles ne le seront jamais de façon définitive ou absolue. En revanche, on estime que toutes les informations intelligibles sont qualifiables a posteriori, notamment a travers leurs interactions avec les utilisateurs.

L'information d'interaction est au cœur des réseaux d’utilisateurs

Quelle est la nature de ces interactions et quels sont les moyens dont nous disposons pour les capter ?
Puisque, comme les idées, les contenus d'information ne sont pas catégorisables de façon définitive, c'est à travers les usages et les utilisateurs que nous allons qualifier les contenus. Rappelons que dans un réseau ouvert, les utilisateurs diffusent leurs propres contenus et que ces contenus sont accessibles sans restriction à tout autre utilisateur. Aujourd'hui les moyens utilisés pour constituer ces réseaux ouverts se nomment : wiki, weblog, moblog, slashdot, forum, chat, IRC... Dès lors que le contenu publié utilise un langage partagé par d'autres utilisateurs, les propos des uns peuvent alimenter les propos des autres.
L'interaction d'information provient de trois caractéristiques essentielles :

  • la rapidité de mise en œuvre de la publication des idées et des contenus
  • la rémanance ou la persistance des propos
  • le volume de l'audience potentielle

Dans les réseaux ouverts, un sujet sans intérêt ne produit pas d'audience. Simplement parcequ'il n'est pas repris par d'autres utilisateurs.
Au contraire un propos fédérateur, mobilisant, intéressant, compris, contesté ou approuvé, trouve rapidement une audience dans la communauté des utilisateurs d'un réseau ouvert.
La valeur d'une information, ou d'une idée, est donc relative à la quantité d'interactions produite auprès d'une communauté d'utilisateurs de l'information, ou de l'idée. Et plus les propos, les idées de cette communauté sont mobilisants et partagés, plus ils créent de l'interaction avec les autres communautées.

Mesurer la pertinence d'une information, c'est mesurer de l'interaction

On assiste donc ici à une complète redéfinition de la pertinence d'une information, basée, non plus sur une valeur absolue, figée dans le temps, et étiquettée comme information de référence, comme information vraie, ou comme désinformation. L'information devient relative à l'usage qui en est fait parcequ'il devient possible, dans les réseaux ouverts, de se l'approprier, de la reformuler ou de la contester.

On comprendra, dans ce contexte, que toute tentative de mesure de pertinence de contenu, et plus largement d'information, est une question de mesure des interactions entre information et utilisateurs d'information.
Permettre la mesure des interactions c'est aussi permettre la détection, le repérage et l'utilisation des informations pertinentes.

L'interface d'accès à ce type de métainformation est avant tout une interface qui permet d'améliorer le rapport signal/bruit des informations. Une interface qui permet de masquer une partie des contenus non pertinents. Donc une interface qui permet de gérer la surinformation, ou la surcharge d'information.

Les interfaces floues, dont les principes sont issus de nos recherches, permettent de manipuler des ensembles cohérents d’informations, et contextualisés aux besoins d’utilisation. Ce concept fondamental s'appuie sur les usages et sur la collaboration dans les réseaux ouverts.

Nouveaux usages et nouvelles interfaces

Ce chapitre est développé sur le wiki du projet.

Le projet RU3 à donné lieu à une première publication et à une communication

Interfaces floues, interfaces collectives (Luc Legay, Setit 2004).
Représentation mentale dans les espaces d'information et interfaces floues (Luc Legay, Université Paris 8, mai 2004)

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